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Keskispass n°11
Le 15/02/2002


Au sommaire :

Une nouvelle étape de franchie ... Voici le SENEGAL


SENEGAL

Le 15-02-02 nous écrivions :

- " Mais pourquoi aller à Dakar ? C'est la zone là bas !!! ", M'avait-on dit à Madère.
- " Il faut aller au C.V.D., y mouiller et leur demander de te trouver un gardien qui s'occupe du bateau moyennant finance, quand on est à terre… ", m'avait-on conseillé à Porto Santo.
- " …mais ne surtout pas entrer dans le port, je m'y suis fait braquer!!! .
- " S'il ne faut pas entrer dans le port de Dakar, où se trouve donc le C.V.D. ? " avais-je donc demandé à Las Palmas.
- " dans la baie de Hann ! Mais méfie-toi des tornades ! " message par les étoiles :

Position : N 23°33'627 vitesse 6nds cap 193 compas W 17°42'059 En route pour Dakar,20 nds de vents ,gd soleil ,moral et santé au beau fixe. Nous sommes partis depuis deux jours et avons fait 272 milles sur les 800 totaux. Attention a vous une violente tempête arrive sur la France (nous en sommes très loin).bisous à tous. votre équipage…

Le vent est tombé cette nuit, et le baromètre a pourtant perdu 3 millibars, le génois est tangonné à contre, bloqué en papillon à l'inverse de la grand voile avec ce vent trois quart arrière. Le bateau avance encore pourtant à 5 nœuds (8km/H). 5 nœuds, c'est cette moyenne qui nous suit depuis le départ des Canaries, constante, invariable moyenne qui nous mènera à Dakar.
Nous avons de la chance, Carély marche bien pour un bateau en acier. Il est 7h30, Céline finit sont quart épuisée, je l'envoie se coucher. Nous sommes au large des côtes mauritaniennes je prends un p'tit déj dans le cockpit, pour écarter le mal de mer qui me ronge à chaque fois les premiers jours. Cela fait 4 jours que nous sommes partis, jamais traversée n'aura duré aussi longtemps, mais la navigation est bonne …

La baie de Hann, la baie de Hann ! Plus de 1600 kms à parcourir pour ne pas entrer au port de Dakar, cloaque notoire africain, où se trouve un soi-disant CéVéDé, mal protégé des tornades, sans aucune sécurité concernant le bateau, notre santé (palus, dengue,…), mais où nous devons retrouver un censeur dénommé Diallo, que j'avais très rapidement eu au téléphone pour lui livrer les livres, pensais-je à tort.

Cette fois le vent s'est complètement cassé la gueule, le jour se lève doucement ; 7 jours de mer pour plus de 800 milles, ça va ! J'ai du finalement démarrer le moteur pour faire cette approche de la baie de Dakar, pas de soucis, tout y est sain. Hier soir Fred a affalé les voiles, elles battaient l'air furieusement, ça les use trop. Céline, Fred et moi avons vu des centaines de poissons volants, ils se croisent, comme nous au gré des quarts. IL fait encore nuit, et je me demande bien ce que sont ces lumières intermittentes qui zèbrent l'horizon, à plus de 20KM/H (estimation !), allé une petite clope pour réfléchir, ne pas s'assoupir, ne pas s'assoupir, tiens des dauphins nous accueillent ! Ce sont des torches vivantes et phosphorescentes qui courent le long de la coque, tant le plancton lumineux est dense, c'est splendide un dauphin de nuit dans ce plancton ! Ne pas s'assoupir, ne pas s'assoupir… Incroyable ! Ce sont les pirogues de pêche qui zèbrent l'horizon. Lumière intermittente, pourquoi ?! Parce Qu'ils se manifestent la nuit avec la PIERRE DE LEUR BRIQUET ! J'apprendrais par la suite qu'ils ne savent pas nager, et je me rends compte qu'ils ne connaissent même pas la couleur des feux de navigation des autres rafiots…

Livrer les livres, livrer les livres ! C'était devenu le seul but de ce départ pour Dakar. Y passer 2 jours, et leur fournir ces précieuses lectures dont ils manquent tant, mais vite, très vite, pour éviter l'enfer qu'on m'avait décrit. La petite école de l'Oise où travaille Muriel Després nous avait procuré 550 livres (200 à 300kg) qu'il fallait embarquer sur Carély pour les faire transiter à la voile et les confier directement 6000 kms plus loin ; les mettre si possible, directement dans les bras des enfants afin d'éviter tout détournement. Il fallait naviguer au large de cette Mauritanie, centre de tant de piratages, ne pas s'y arrêter, ne surtout pas réfléchir, sur le trajet et notre destination au Sénégal.

 

Approche de jour dans la rade de Dakar, avons passé les îles madeleines, Gorée l'île aux esclaves. Les pirogues passent à coté de nous, nous saluent d'un grand :

"- Bonjour !Comment ça va ?!
-Ca va, ça va, et toi ?
-Ca va, ça va ! "

7 jours de mer et la baie de Hann qui se dessine derrière la jetée qu'il faut prendre bien au bout. Elle est superbe cette baie. Le passeur du mouillage vient au devant, il est souriant, sympa, nous met sur un corps morts, il nous demande si ça va, s'appelle Elage, ça va et toi ?! ça va, ça va…(les bonjours et tous les échanges au Sénégal sont synonymes de longues palabres avec sourires à la clefs). Sans sourires et sans palabres, l'interlocuteur est peu considéré, ou bien on l'estime fâché, s'il ne palabre pas pendant un achat, il paye plus cher.

"Vous les français, c'est le temps qui vous tue ! Nous, on tue le temps " disent-ils.

Messages par les étoiles :

Salut a tout le monde! 820M depuis la derniere terre connue 7 jours de navigation vent dans le dos ,eole et neptune ont ete cléments avec nous (les libations en leurs honneur ont dut convenir)nous sommes arrivé a 11h T.U. dans l'Anse de Hann (14°42'841"N;17°25'593"W) le bateau et l'équipage vont bien et ils vous embrassent " là dis donc !!! " A Bientot! Celine;Marc;Fred.

Pas de pirates, pas de tornades, pas de cloaque, aucune agressivité à Dakar. Le C.V.D nous a ouvert ses bras, il les ouvre à tous les voyageurs, l'ambiance tient du baroud, de la débrouille, de l'entre aide. Cette association est truffée de bénévoles géniaux, la vie y est douce, très douce, euphorique par moment et peu chère.

Sur un site difficilement préservé des affres d'un urbanisme et d'une population mal maîtrisés vivent une poignée de " voilageurs " peu communs, hors du temps, jeunes, actifs, ouverts, extrêmement conviviaux, brefs géniaux (et je pèse mes mots…).
Le Cercle de Voile de Dakar est loin, très loin de l'idée du yachting guindé et élitiste qui n'a plus lieu d'être. Allez-y avec où sans moyen, vous y serez reçu avec une chaleur que seule la plus aimable des familles puisse vous offrir. Ses membres travaillent bénévolement ; ce sont souvent des marins de passage, qui restent car l'endroit est magique et deviennent ainsi, soit président, soit vice-président ou tout simplement membre. Certains sont là depuis 1 an, d'autres depuis 10 ans : cela reflète l'attrait de cette région du Sénégal. La plage est belle, le sable est blanc et très fin même si on ne peut si baigner.

Sur cette plage, il y a un marché à poissons et quelques cabanes de paille où les Sénégalais attendent les éventuels clients. Les hommes construisent des pirogues en bois et s'en vont pêcher jour et nuit. Au petit matin et en fin de journée, les jeunes viennent sur la plage et font du sport : exercices de musculation, d'assouplissement, ils jouent beaucoup au foot (sport national).

 

 
Hann plage
Hann2

Le cercle vous fournit, un ponton en face de votre mouillage éventuellement sur coffre, eau potable, douches, au bar Dominique vous servira des sodas à 4F, atelier mécanique, voilerie, Clémence lavera votre linge à la main, gardiens, conseils, bidouilles… Tout ce dont vous rêvez est au C.V.D. (va falloir que j'y prenne des actions !) le prix du mouillage est de 20F par jours, les Sénégalais travaillent aux cotés des " voilageurs " et y sont respectés.

CVD

Philippe, un nouveau pote, vient de quitter la table de Carély, ce qui me permet d'écrire. Température extérieure : 35 degrés, ambiance heure de prière musulmane modérée. Ici les gens sont eux aussi à 35 degrés (cool !) assez collants, mais très charmants dans l'ensemble. La pauvreté n'a d'égale que la nonchalance bon enfant qui coure ici, en Afrique.
Les plages de sable blanc, très blanc, très fin, sont leur dépotoir, leurs chiottes, leur parking à pirogue (et il y en a un paquet !), leur vivier, et leur lieu de résidence. Peu d'insécurité réelle par ici en réalité (les voleurs se font lyncher par la population quand ils sont dénoncés) mais beaucoup de palabres, beaucoup de contacts, et de demandes pécuniaires. Couleurs impressionnantes, peuple souriant, faune, flore et urbanisme exubérant, sont hallucinants. Je pense sincèrement que le voyage commence là, et l'aventure, s'il en est encore, c'est ici !

Phil, Christophe, Amélie, Frédéric….

Philippe et Christophe amis de 14 ans ont descendu deux rafiots de 15m pour les retaper et les revendre, un des bateaux de Christophe nous avait d'ailleurs intéressé il y a 2 ans. Ils s'occupent bénévolement du C.V.D., leur accueil est génial. On a essuyé quelques coups de tabacs en leur compagnie ainsi qu'avec Amélie, franche amitié ! Frédéric à vécu au cœur de la Guyane des années à la sauvage, avant de se décider à armer un bateau de 9M pour traverser et retourner sur le Mahori. Livrer les livres, livrer les livres ! Hop là !

Douuuuuuuuuuuucemennnnnnnt ! Nonchalance africaine oblige, on attendra avec bonheur 10 jours pour mettre dans les bras des mômes les bouquins qui leur sont dus. Monsieur Diallo se présente un Mercredi pour nous emmener déposer les livres directement à l'école -au Sénégal il vaut mieux s'assurer par soi même qu'il n'y a pas de détournement du matériel pour revente -. Mais Monsieur Diallo est un homme de parole, sage, cultivé et honnête. Censeur du nouveau lycée de Rufisque, il nous emmène jusqu'à l'école, les livres sont dans leur bras, cette image nous est chère :

Ah! Celine et ses livres dans les bras

L'école les élèves, les profs, les salles de classes, leurs sourires sont notre bonheur. -insérer écolières, enfants Rufisque, instits Rufisque, photo école de l'Oise, classe F- Nous sympathiserons avec Monsieur Diallo qui nous invite chez lui et vient nous voir sur le bateau.

Mr Diallo et Dk repas local

Echanges magiques, Dakar n'a qu'un temps, notre départ pour le Cap Vert sera décalé, les fleuves de l'Afrique doivent absolument être faits ; Saloum, Gambie, Casamance. IL NE SERT A RIEN DE TRAVERSER L'ATLANTIQUE SANS AVOIR NAVIGUE DANS CES EAUX. Pélicans, grands échassiers, requins, raie pastenague, chiens sauvages, palétuviers, pirogues colorées, frappent notre iris. Un baobab dont le tronc creux, immense cabane, abrite quelques chauves-souris fait face à Carély sur l'île de Sangomar.

Sangomar plage

Sur l'île du diable nous cueillerons des huîtres de palétuvier, il faut les cuire de préférence.

Saloum palétuviers

Les pirogues où l'on achète son poisson depuis le bateau peuplent les plages et villages de paille africains.

Djifere et paillotes djifere

Pour tous les fleuves autour du Sénégal, passez donc d'abord au C.V.D, voilà pour l'Afrique, petit cadeau bonus ; pêche du jour et mouillage.

Saloum pirogue

C'est tout pour cette fois (et c'est déjà pas mal!) et n'oubliez pas de vous inscrire à la newsletter pour être informé des mises à jour du site. Attention à la prochaine Newsletter...

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